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L'imparfait contrefactuel dans les constructions conditionnelles prédictives en si en français
Uppsala University, Disciplinary Domain of Humanities and Social Sciences, Faculty of Languages, Department of Modern Languages, Romance Languages.ORCID iD: 0000-0002-6504-7622
2016 (French)Conference paper, Abstract (Refereed)
Abstract [fr]

Parmi les nombreuses constructions conditionnelles prédictives (avec ou sans si) du français où l’imparfait reçoit ou peut recevoir une interprétation contrefactuelle (Impf Cf), linguistes et grammairiens focalisent leur attention, depuis Guillaume (1929), sur une construction particulière et somme toute marginale (1), qui, cette dernière décennie, a fait l’objet d’études approfondies (Berthonneau & Kleiber 2006, Bres 2006, Corminboeuf 2009), alors que l’emploi de l’Impf Cf dans les constructions conditionnelles prototypiques du type Si P, Q (2-7) sont peu ou pas du tout étudiées, si ce n’est dans les états révolus de la langue (Wagner 1939, Patard & De Mulder 2014) où la construction (1) n’est pas attestée :

 

(1) SN, /et/ Impf Ind : Un instant de plus, et je te tuais (≈ t’aurais tué).

 

(2) Si Impf Ind, Cond Simple : S’il était riche, il l’épouserait.

(3) Si Impf Ind, Cond Composé : a. S’il était (≠ avait été) riche, il l’aurait épousé ; b. Si son adversaire ne lâchait (≈ n’avait lâché) prise, il l’aurait frappé.

(4) ? Si Impf Ind, Impf Ind : Si tu avançais, je frappais .

(5) Si Plqpf Ind, Impf Ind : Si j’avais craqué une allumette, la maison sautait.

(6) Si Cond Composé, Impf In: Si ça aurait été le contraire, il emboutissait pareil.

(7) Si Plqpf Subj, Impf Ind : Si nous n’eussions pas été là pour le secourir, toute la récolte périssait.

 

C’est pourquoi nous nous proposons d’étudier l’interprétation contrefactuelle de l’imparfait dans les constructions (2-7) dans cette communication.

On considère généralement que l’Impf Cf a une valeur expressive dans (1). C’est aussi le cas, semble-t-il, de l’Impf Cf dans (3b-7), mais non dans (2-3a). Nous essaierons d’élucider cette différence entre valeur expressive et non expressive, ce qui ne semble pas avoir été fait auparavant.

Contrairement à ce qui est le cas pour l’italien (Mazzoleni 2015), où l’Impf Ind Cf fait l’objet de discours normatifs négatifs, l’emploi français correspondant est généralement considéré comme une ressource stylistique précieuse. Aussi l’Impf Cf « expressif » n’est-il pas marqué en français du point vue diaphasique, comme il ressort de la compatibilité de cet emploi tant avec des constructions conditionnelles par ailleurs d’un niveau de langue « formel » (7) ou « informel » (6) que d’un niveau « neutre » (5), aussi bien à l’écrit qu’à l’oral.

Bien qu’elle soit fréquemment citée dans la littérature (Martinon 1927, Barcelò & Bres 2006, Dargnat & Jayez 2010), mais n’étant illustrée que par des exemples construits, la construction (4) est en effet très difficile à attester en français, à la différence de ce qui est le cas pour l’italien et l’espagnol. Il semble donc que Gougenheim (1938, 1954) ait raison en affirmant que la construction (5) est l’équivalent français de la construction italienne Se Impf Ind, Impf Ind, si ce n’est la structure parataxique Impf Ind /et/ Impf Ind.

Nous proposerons une nouvelle analyse sémantique de l’Impf Cf dans le cadre de la Théorie Modale de la Polyphonie (TMP) (Kronning 2009ab, 2013ab, 2014ab) destinée à expliquer l’emploi expressif et non expressif de cette forme verbale dans toutes les constructions conditionnelles prédictives du français (avec ou sans si).

L’idée fondamentale de la TMP est que la relation prédictive qui s’instaure entre les procès (p et q), exprimés par la protase (P) et l’apodose (Q), constitue un point de vue autonome, attribué au locuteur de l’énoncé (le « locuteur en tant que tel ») (l0), alors que les attitudes épistémiques (« potentiel », « potentiel faible », « contrefactuel ») vis-à-vis de p et de q sont inscrites sous forme d’opérateurs modaux dans des points de vue « attitudinaux », assignés à d’autres êtres de discours que l0.

Traditionnellement, les opérateurs aspectuo-temporels sont censés porter sur les procès p et q dans les constructions conditionnelles toncales (morphèmes flexionnels en -/r/ait), dénommées subjunctive conditionals dans la littérature philosophique et sémantique anglo-saxonne. Ainsi, le verbe à l’Impf Cf expressif dénoterait « un procès avorté […] imaginé dans son déroulement effectif » (Wilmet 2007, §502).

Or, aujourd’hui un certain nombre de linguistes (Gosselin 1999, Caudal 2011, Ippolito 2013) pensent que les temps verbaux des constructions toncales ne portent pas sur les procès p et/ou q, mais sur un « métaprédicat » (de possibilité, dans P) ou un opérateur modal (de nécessité, dans Q), car, s’ils portaient sur p ou q, les temps seraient trompeurs (angl. fake tense, fake aspect) : l’Impf Cf ne dénote pas nécessairement un procès passé sous un aspect imperfectif.

Selon notre hypothèse, les temps verbaux gardent, dans les constructions toncales, leurs significations temporelles et aspectuelles « standard », mais portent sur deux opérateurs modaux de possibilité qui s’inscrivent dans les points de vue attitudinaux relatifs à la protase et à l’apodose respectivement. Ainsi, l’Impf Cf non expressif (2) est un passé imperfectif : ‘il était possible que p’. Cette possibilité a cours, ou n’a pas cours, au moment de l’évaluation (TE), concomitant à un moment de référence (TR) qui coïncide typiquement avec le moment de l’énonciation (E0). À TE, le locuteur constructeur du sens (LOC) détermine si le procès appartient au domaine du connu (ce qui donne lieu au sens contrefactuel) ou au domaine de l’inconnu (ce qui donne lieu au sens potentiel) de son état épistémique. Cet emploi de l’imparfait, où la possibilité de p est inhibée à TR, est en parfaite concordance avec la valeur aspectuo-temporelle de ce temps. Les formes composées, qu’il s’agisse du Plqpf Ind (5) ou Subj (7) ou du Cond Composé (3, 6), indiquent que la possibilité (‘il avait / aurait / eût été possible que p et/ou q’) a été annulée avant TR, typiquement simultané à E0. L’expressivité de l’Impf Cf a pour origine, c’est là le noyau de notre hypothèse, l’emploi de ce temps dans un contexte d’où il ressort que la possibilité de q (ou de p) a été annulée avant TR, emploi qui est en discordance avec la signification de l’imparfait.

Les valeurs expressives (« vivacité », « immédiateté », « conséquence infaillible » etc.) attribuées à l’Impf Cf sont souvent trop spécifiques et plutôt tributaires de marqueurs contextuels que de l’imparfait. C’est pourquoi nous dirons que l’Impf Cf en emploi « expressif » est marqué du point de vue sémantique, nécessitant un plus grand effort de traitement cognitif que l’emploi « non expressif », qui est non marqué. Le statut marqué de l’Impf Cf « expressif » se traduit aussi par sa faible fréquence, ce que nous montrerons par des données quantitatives. L’effet produit par l’Impf Cf marqué est la mise en relief de P et/ou Q, ce qui explique que cet emploi de l’imparfait sert typiquement d’« évaluation » ou d’« issue » contrefactuelle à une séquence narrative.

Dans cette communication, nous examinerons donc la signification d’un morphème flexionnel peu étudiée dans un certain type de constructions syntaxiques, en apportant de nouvelles données (base de données comportant plus de cent occurrences, données quantitatives) et une nouvelle hypothèse explicative.

Place, publisher, year, edition, pages
2016.
Keyword [en]
Tense, Aspect, Modality, Counterfactuality, Conditionals, Expressivity, French
Keyword [it]
Tempo, Aspetto, Modalità, Controfattualità, Costrutti condizionali, Espressività, Francese
Keyword [fr]
Temps, Aspect, Modalité, Contrefactualité, Constructions conditionnelles, Expressivité, French
Keyword [es]
Tiempo, Aspecto, Contrafactualidad, Construcciones condicionales, Expresividad, Francés
National Category
Specific Languages
Research subject
Romance Languages
Identifiers
URN: urn:nbn:se:uu:diva-308447OAI: oai:DiVA.org:uu-308447DiVA: diva2:1049899
Conference
XXVIII Congresso Internazionale di linguistica e filologia romanza, Roma, 18-23 luglio 2016
Available from: 2016-11-26 Created: 2016-11-26 Last updated: 2016-11-26

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Kronning, Hans
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